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Témoignages au lycée Georges Brassens de Villeneuve-Le-Roi le 12 avril 2022

samedi 16 avril 2022, par Christian Travers

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C’est à l’invitation d’Elsa Paris que s’est tenue le mardi 12 avril, une séance de témoignages au lycée Georges Brassens de Villeneuve-Le-Roi, où elle enseigne. Elsa Paris, proche de Stanislas Hutin, a assuré la contextualisation historique des récits qui figurent dans notre livre « Guerre d’Algérie, guerre d’indépendance. Paroles d’humanité ».

Indisponible, Stanislas Hutin n’a pu se joindre aux quatre intervenants qui ont pris la parole devant une soixantaine d’élèves.
Ceux-ci appartenaient à deux classes de terminales d’une voie très intéressante introduite il y a deux ou trois ans sous cette appellation barbare : HGGSP (Histoire géographie géopolitique et Sciences Politiques). Un public averti donc, formé aux enjeux de la stratégie géopolitique. Quatre professeurs chargés de cette spécialité étaient présents ainsi que le documentaliste, mais ils n’ont pas pris la parole.

Les intervenants :
- Ali Arabi qui, alors qu’il était étudiant a rejoint l’ALN en 1954 et ne l’a quittée qu’en 1963. Il a ensuite poursuivi des études de mathématiques en France où il exerça une carrière de proviseur.
- Abdelati Laoufi, qui n’avait que 6 ans lorsque la guerre a commencé. Il est né dans un village aux confins du Sahara où il n’y avait que des « indigènes » dont son père, engagé au FLN, et des militaires. Il est arrivé en France après l’indépendance où il est devenu éducateur culturel spécialisé dans la prévention de rues en s’appuyant sur les ressources offertes par la musique.
- Jean-Marie Maura, né en Algérie en 1943 d’où il est parti avec ses parents en 1960. Ses origines sont napolitaines par sa mère et espagnoles par son père qui s’est engagé dans l’armée française et a été gravement blessé au cours de la seconde guerre mondiale.
- Christian Travers, appelé en Algérie « pour le maintien de l’ordre » de juillet 1960 à septembre 1962.

Sans s’encombrer d’un exposé substantiel des souvenirs, des ressentis et des enseignements tirés de leur expérience algérienne les acteurs de cette guerre ont laissé la parole aux élèves qui ont posé de nombreuses questions. La séance avait été prévue pour une durée de deux heures, mais elle s’est prolongée jusqu’à près de trois heures… après quoi de nombreux élèves ont encore retenu les participants de façon informelle en prolongeant leur questionnement…

Il est bien difficile de rapporter brièvement les échanges qui ont eu lieu. On peut néanmoins citer quelques thèmes :

- l’injustice sociale qui régnait alors en Algérie qu’illustre l’analphabétisme, puisque moins de 10 % des « Français de souche musulmane » avaient appris à lire en 1962, que le code de l’indigénat avait été promulgué, qu’il y avait deux collèges électoraux, qu’on pouvait lire des pancartes « interdit aux chiens et aux Arabes »…
- l’importance des gestes mémoriels accomplis par Emmanuel Macron mais qui sont parcellaires et souvent perçus comme orientés vers des catégories de population a des fins électorales. Ils ne peuvent remplacer une condamnation des crimes commis par l’état pendant la colonisation et la guerre.
- Une question importante : Comment peut-on accepter de participer à une guerre alors qu’on en désapprouve le principe et ses méthodes ? …Qui a exigé une assez longue réponse.
- Une confrontation intéressante lorsque Jean-Marie évoqua la pauvreté de ses parents, ses grands-parents illettrés, alors que le père d’Ali était lui cadi, magistrat en Algérie, avec des pouvoirs étendus et une situation de notable qui a permis de déconstruire l’image envahissante du riche colon dominateur. - Si le régime autoritaire algérien depuis l’indépendance ne peut satisfaire tout le monde il faut aussi évoquer la joie engendrée par la fin de cette guerre de libération, la fierté d’accéder à l’indépendance et la volonté de construire dans la dignité et en pleine autonomie un pays prospère sur des bases nouvelles.
- On évoque les guerres intestines avec le MNA du côté des Algériens et avec l’OAS du côté français, les causes du départ des pieds noirs et l’action très nuisible de l’OAS à ce sujet.

…et bien d’autres choses encore.

Christian Travers

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